J42 – 72.5Km
Mercredi 12 novembre : YASSANE / ? J42 : 72,5K (9h42′) Total : 2894,5K
Trois petits oiseaux, aussi rouges qu’un soleil déclinant dans le désert australien, viennent nous saluer en cette heure matinale. Ils en espérent quelques gratitudes de notre part et guettent la moindre miette de biscuit susceptible d’échouer sur le sol.Le réveil ne fut pas aussi doux que ces charmants volatiles. A 4 heures du matin, tout le monde ou presque bondit de son duvete. Cette fois, Ludo n’y est vraiment pour rien. Nous avons planté le bivouac aux abords d’un village bercée par une douce riviére, affluent du fleuve Niger. En ce mois de carême, le préposé au réveil des villageois exécute sa tache avec un zéle déconcertant. Il tape sur des tonneaux et autres gamelles avec une énergie débordante qui suffirait à faire trembler tout Paris. Pour les musulmans, ce tambourinage marque le début des festivités matinales avant le jeûne quotidien. Les coqs, vraisemblablement vexés de s’être fait coupés l’herbe sous le pied, montent le son dans les aigus, alertant les ânes, les boeufs et même les hippopotames voisins, qui s’empressent de rééquilibrer le concert dans les grâves. Seuls Agali et Abdou poursuivent leur nuit au milieu de ce concerto improvisé mais au combien bruyant !Le paysage est toujours d’une beauté à couper le souffle. Le fleuve Niger s’écoule paisiblement au rythme des fines pirogues glissant sur ses eaux. Des paysans s’affairent dans les riziéres bordant les rives, pendant que d’autres, assis sur leur charrette de bois tirées par de superbes attelages de zébus, se dirigent vers les champs de mile et de sorgo sous le regard des hérons montés sur leurs échasses.Serge traverse ce décor où verdure et aridité se cotoient. La piste n’est pas d’un revêtement idéal pour coureur à pieds. Elle est ensablée et creusée par les camions surchargés qui transitent sur cet axe nord sud à la saison des pluies. Les appuis sont difficiles quant à chaque foulée la nature du sol change. Le goudron n’est plus très loin, et après avoir franchi l’ultime poste de douane, Serge peut enfin reprendre une progression plus réguliére et surtout moins éprouvante pour les articulations, sur un asphalte des plus corrects.L’Afrique est un continent étonnant. Tous les gamins appartiennent apparemment à la mêmefamille. En effet, qu’on se trouve au Mali ou au Niger, les jeunes se présentent tous à nous sous le nom surprenant de « cadeau, cadeau ». Même Serge y a droit alors qu’il ne posséde sur lui qu’un simple short, un maillot, une paire de baskets et parfois un chapeau. Que pourrait-il donc leur donner à tous ses mômes qui le sollicitent, si ce n’est peut-être une belle leçon de courage ? Le mulet est peut-être chargé comme un âne, mais le stock de crayons, de maillots, et autres babioles, s’amenuise de jour en jour, et le trajet est encore long. Le trajet justement, il fait beaucoup parler au campement. Niamey, n’est plus très loin, et certains bruits, qui n’en sont plus d’ailleurs, circulent dans la caravane de la transafricaine. Un hotel confortable nousattendrait dans la capitale nigérienne. Serge a prévu d’atteindre la ville en fin de semaine, probablement Vendredi, mais Pascal s’est d’ores et déjà rasé de prêt et Laure a même changé de tee-shirt.Le WE ne sera pas pour autant de tout repos, chaque membre de l’équipe ayant un rôle bien déterminé dans ces haltes obligées. L’entretien et le ravitaillement des véhicules en eau, GO, gaz, et autres victuailles comestibles, mais aussi toutes les démarches administratives pour préparer dés à présent l’entrée dans les futurs pays traversés par Serge et son équipe, ont de quoi occuper les 3 jours de pause programmmés sur Niamey. Serge ne s’arrêtera pas pour autant de courir, il abaissera simplement sa moyenne journaliére, qui devrait tourner pour ce WE, aux alentours de 40 à 50 kilométres, ce qui n’est déjà pas mal.Les célibataires en profiteront sans doute pour sortir, et les autres (les sages en quelque sorte), savoureront sans retenu le plaisir de dormir dans un vrai lit. Avant de conclure, puisque nous sommes entre nous, je me dois de vous livrer un secret. Serge n’est pas un homme tout à fait normal. Je crois bien en effet, que c’est un sorcier. J’en détiens la preuve, mais surtout, ne le répètez à personne ! Hier après sa balade quotidienne de plus de 70 kilométres, il s’est amusé à faire disparaître, devant les regards ahuris de son équipe au grand complet, des morceaux de sucre disposés sur la table, dans un tour de magie qui aura certainement perturbé le sommeil de plus d’un d’entre nous. Et, comme pour donner plus d’ampleur encore au mystére, il surenchéri en retrouvant, sans difficultés et sans se tromper une seule fois, une carte tirée au hasard et dissimulée dans un jeu de 32, battu, mélangé et remélangé par Abdou. Je vous le dis, Serge n’est pas un être humain comme les autres, c’est un sorcier. Et s’il faisait disparaître les kilomètres sous ses semelles, ça expliquerait beaucoup de choses !!! Qu’en pensez-vous ?


