J52 – 22/11/2003


J52 – 74.0Km

Samedi 22 novembre : ? / ? J52 : 74K (9h24′) Total : 3566,5 K T° : 41°C
Ce matin, 4h30, le fin sourire de la lune annonce sa disparition prochaine. Sa timide présence offre aux premiers levés la vision d’une voute d’encre profond où s’illuminent les réverbères célestes. Serge, comme à son habitude avale en silence les petits Lu que lui prépare Laure.Ludo, fidèle à lui-même, range sa « chambre » avec un plaisir qu’il aime faire partager à tout le campement. Pour ceux qui n’auraient, malgrès tout, pas eu la joie de profitter de son vacarme, il s’assure auprès de Laure de sa grosse voix de ténor matinal, d’être dans la bonne direction pour amener Serge sur la route. Finalement, notre champion s’y rendra à pied, faute d’avoir la patience d’attendre celui qui à la courante. Comme quoi, les coureurs ne sont pas toujours ceux que l’on croit…Les premiers kilomètres nocturnes passés, le jour se lève sur un paysage que nous connaissons maintenant assez bien.Depuis le Mali, seules les habitations varient de par leurs aspects et les matériaux avec lesquelles elles sont bâties. Et encore ! A vrai dire ce sont plutôt les greniers qui sont vraiment différents. Parfois en paille de mil avec une forme arrondie ou coiffés d’un têton sur leur extrémité, ailleurs en briques de terres dont les teintes plus ou moins crées changent au grès des sols. Ici, ils sont carrés, là bombés comme des ventres fertiles. Le seul point commun qu’ils aient tous est d’être isolés du sol à l’aide de petits édifices de pierres afin d’échapper à l’appetit vorace des rongeurs.Cette année, la saison des pluies particulièrement abondante, outre d’avoir mis dans un état déplorable l’état des pistes, a fait germer une multitude de champs de mil et de haricots qui parsemment notre chemin et jeté une armée de paysans à l’ouvrage. Il n’est pas un seul village que nous ne traversions qui ne soit entouré de cultures et de gens afférés à la récolte. Tout ce qui peut se mouvoir et transporter est utilisé. Hommes femmes et enfants portent sur leur tête des fardeaux parfois aussi haut qu’eux. Les charettes tirées par des ânes ou parfois des chameaux à peines discernables sous la charge jalonnent notre parcourt. Partout, les moissons indiquent l’abondance de l’année. Le mil s’entasse dans les greniers qui souvent viennent d’être construit. Les toits plats de nombreuses maisons accueillent les haricots pour les faire sécher à l’abris de la convoitise des ruminants et parfois même jusqu’ aux arbres feuillus qui servent d’entrepôt et de séchoirs en plein milieu des champs.Aujourd’hui, la touche d’originalité dans ce décor qui n’arrive néanmoins pas à m’apparaître monotone viendra peu avant l’arrivée sur Tahoua. Au-dessus de la route et sortant de nulle part, une majestueuse porte figurant deux chameaux dont les têtes se croisent signale l’entrée de la ville 7 kilomètres plus loin.Si l’équipe du TP3 s’y arrêtera pour faire quelques emplètes et le plein de carburant, Serge, lui, bifurquera juste avant pour continuer en direction d’Agadez notre prochaine grosse étape que nous envisageons d’atteindre vendredi prochain.Avec un peu de chance, nous y parviendrons le dernier des trois jours de la fête qui clotûre la fin du ramadan pour le plus grand bonheur de notreéquipe de guides. En effet, Agali, Mohamed et son fils Abdou sont originaires de cette ville où résident leurs familles. Ce devrait être pour eux l’occasion de profitter en famille de ce moment de festivités et pour nous d’en découvrir un peu plus sur ces extraordinaires compagnons de voyage.Un prochain compte-rendu de notre vie africaine sera pour moi l’occasion de vous parler davantage de Mohamed, notre guide avec qui une véritable amitié est en train de se nouer au fil du voyage.Le plaisir que nous prenons tous à vivre cette expérience aux côtés de Serge se vérifie chaque jour par la bonne ambiance et la détente qui règne ici au sein du groupe.Avec ses douleurs musculaires et sa cheville capricieuse, Serge m’évoque l’albatros de Rimbaud, magnifique dans sa foulée interminable et régulière comme un métronome, mais boiteux et claudiquant dès qu’il se pose au bivouac. Pascal