J115 – 24/1/2004


J115 – 74.0Km

Samedi 24 Janvier : N 29°09.098′ / N 28°51.687′ E 25°47.347’/ E 26°22.401′ J115 : 74 K (9H14′) Total : 7643 K Altitude : 71 m T° : min 12°C – max 23°C vent d’ouest +
Etrange impression que de dormir sous la tente au milieu de murs de sel et de sable mêlé à moitié écroulés et de plafonds effondrés constitués de branchages et de troncs de palmiers. Le sol est jonché ça et là de vieux débris rouillés qui semblent ne pas avoir bougé depuis des décennies. Ils sont les seuls traces encores visibles d’une époque révolue.La Lune n’est encore qu’une fine virgule perdue dans l’immensité étoilée. Seuls quelques chiens dans le lointain hurlent comme une horde de loups, donnant à notre campement une note supplémentaire de mystère. Au petit matin, les visages sont reposés après une bonne nuit de sommeil que nous aurions bien prolongé un peu, surtout Serge. Le soleil brille et une légère brise rafraichît l’atmosphère. Notre bivouac interpelle quelques touristes qui s’arrêtent pour visiter ce village de Zanoussi qui date de 170 ans, déserté du jour au lendemain par ses habitants lors de la seconde guerre mondiale et des bombardements.La belle route au bitume parfait se transforme dès le cinquième kilomètre de l’étape, en un étrange mélange d’asphalte de sable et de cailloux. Ce terrain sollicite à nouveau la cheville de Serge qui vient lui arracher quelques grimaces. Nous entrons pour plusieurs jours dans une zone militaire. Lors de notre halte à Siwa, Laure et Mustafa se sont occupés d’obtenir des autorisations exceptionnelles qui vont permettre à la transafrique debivouaquer chaque soir dans cette zone oùhabituellement, il est interdit de se poser. Le paysage est à la hauteur de nos attentes. Nous flirtons avec un long cordon de dunes de sable clair. Le sol n’est qu’une immense tapisserie aux multiples nuances de couleurs : Les falaises qui se dessinent plein nord rappellent l’ouest américain, le solblanc a des similitudes avec les salars d’Amérique du sud, et le sable qui au fil des foulées empiète de plus en plus sur la piste rappelle à Serge et à son équipe, les grandes heures de la traversée du Ténéré. Le décors, vous l’aurez compris, est de toute beauté. Le désert fait souffrir Serge autant qu’il le ravit. Il aime courir loin de la civilisation parmi les grands espaces et les beaux paysages. Voilà bien longtemps déjà que Serge pensait à ce passage aux abords du désert blanc. Bien longtemps qu’il calculait les kilomètres sur la carte, et bien longtemps qu’il s’imaginait fouler une dernière fois le désert avant d’en finir avec sa longue traversée de l’Afrique. On aurait pû le traiter de fou à vouloir rajouter encore plus de difficultés à son incroyable défi, mais je peux vous dire que tous autant que nous sommes, aujourd’hui plus que jamais, nous aurions envie de lui dire merci. Merci d’avoir été assez fou pour nous avoir mené jusqu’ici à moins de 9 jours de l’arrivée au Caire. La dernière ligne droite promet d’être belle et passionnante. La tempête qui a sévi il y a 2 jours a perturbé les calculs de Serge. Il scrute le ciel chaque matin en espèrant plus que quiconque que la brise matinale ne se transformera plus en bourrasque assombrissant un tableau qui ne le mérite pas, mais qui surtout anéantirait tous les efforts fournis pour arriver à la date prévue.