J54 – 77.5Km
Lundi 24 novembre : JANJANE/ ? J54 : 77K (9h41 ‘) Total : 3722K T° : mini 13°C-max 39°C
Avant de m’attarder sur cette nouvelle journée de course, permettez moi de revenir 24 heures en arrière. Ce Dimanche, en plus d’être le jour du Seigneur, était en ce 23 Novembre le jour De Laure. Ayant bouclé la page quotidienne du site en milieu d’après-midi, elle n’a pas été en mesure de vous en conter le déroulement de la soirée. Alors qu’on aurait pû l’entendre du fin fond de la brousse fredonner cet air des années 70 dont voici le refrain : Cabris c’est finit, et dire que c’était le jour de mon Anniversaire, Cabris c’est fini… (relouqué à sa manière en hommage à la pauvre bête qui a fait les frais de la fête, le bonheur des uns, même en Afrique, fait le malheur des autres), pendant disais-je, que Laure s’appêtait à concurrencer tous les oiseaux du coin, en poussant la chansonnette, les garçons de l’équipe, et plus principalement Pascal, s’affairaient pour fêter à leur manière l’événement, en tentant deréinventer la recette de la pâte à crêpes. Un peu d’eau minérale, un gros nuage de lait en poudre, quelques oeufs à la date de ponte incertaine et une bonne farine à la française pour saisir le tout. Le résultat fût aussi inattendu que bon. Mais un Anniversaire sans gateau n’est pas un vrai Anniversaire, alors, Mohamed, en bon samaritain, a planté 10 allumettes sur un morceau de pain sec (faut pas gâcher), avant de les enflammer, pour que Dame Laure puisse comme au temps de sa lointaine adolescence, les souffler,sans même avoir besoin de s’y reprendre à deux fois. (je tiens à préciser que le nombre d’allumettes ne correspond en rien au nombre des années, mais il ne nous restait pas de quignons de pains suffisamment importants pour y placer le nombre de bougies, aujourd’hui nécessaires). Une coupe de champagne en bouquet final, et voilà un Anniversaire de brousse dont elle se rappellera, avec pour invité Issam, l’instituteur du village de Janjane, qui trinqua de bon coeur et offra à la belle (c’est la patronne, il faut que je sois gentil avec elle), un magnifique bracelet de touareg, sur lequel un poisson est grâvé. C’est le seul cadeau officiel, à ma connaissance, avec celui du ciel qui offra généreusement sa parure d’étoiles scintillantes comme des cierges magiques sur fond noir. Pour tous les curieux qui se demandent combien d’années de vie Laure compte derrière elle, sachez simplement que, même avec une année de plus, elle demeure encore aujourd’hui la plus jeune fille de l’équipe…On progresse vers le nord et les températures s’en ressentent. Les nuits sont bien plus fraiches, mais nous n’allons pas nous en plaindre. Entre 13° et 15°Cestimés ce matin, ce n’est pas si terrible, excepté pour Ludo, qui au sortir de son igloo (tente igloo), était affublé, d’un pantalon d’un parka et… d’un bonnet de laine.Sacré Lulu, on le taquine sans arrêt, mais c’est parce que on l’aime bien. Pourtant, l’hiver comme on le perçoit en tant qu’européens, ce n’est pas pour demain, mais pour la semaine prochaine. Le 0°C sera, si l’on en croit les nigériens de l’équipe, le lot quotidien de nos nuits de bivouacs ensablés. Aujourd’hui, une bande d’hirondelles, loin d’annoncer le printemps, sont venus se percher sur la seule ligne électrique qui parcourt la région, pour voir passer Serge au cours d’un ravitaillement. Serait-ce les mêmes volatiles qui viennent nicher chaque été sous les toits de leur demeure normande ?Agadés se rapproche, avec ses incertitudes, mais tels les marins attendant la tempête, tout le monde reste serein, avant d’en découdre avec le Ténéré. Serge, parle peu mais y pense j’en suis sûr, et décompte les kilomètres qui le séparent encore de ce mythique désert, où vont s’écrire des pages de souffances qui se transformeront au pied des pyramides en rêve assouvi. Pour nous situer, sachez qu’à mi journée de course, Serge a traversé, entouré de chévres broutant les sacs plastique à défaut de trouver de l’herbe, la ville touareg d’Abalak, située au 38éme kilomètre. Les longues tenues bleues ou blanches des villageois enrubanés, volent sous le vent tout droit venu du nord. Serge n’a pas d’autre choix que de lutter contre les bourrasques répètées, tout au long de la journée. Les chameaux eux aussi éclaireurs du désert, qui sont en fait, d’ailleurs des dromadaires, se font de plus en plus nombreux. Je les ai surnommé les girafes du désert, en les observant, avec leurs longues pattes, leur corps fin à la bosse légendaire, le tout surmonté d’un long cou, dont ils se servent pour se saisir des rares feuilles des arbres, perchées à leur hauteur. Le sable n’est plus très loin, il est même partout, parfois dissimulé sous l’herbe jaunit parsemé de cram cram, tentant parfois une incursion sur l’asphalte, au gré des vents Le bivouac s’installe dans des gestes répétés en attendant que Serge montre le bout de son nez. Bis répétita, aujourd’hui comme hier, la voiture suiveuse rentre seule au campement, Serge a envi de se dégourdir les jambes une demi heure encore. Serait-ce l’appel du désert qui le fait ainsi progresser, au point d’avoir du mal à s’arrêter. Ou alors, j’ai une autre hypothèse, il a calculé qu’en repoussant son arrivée d’une trentaine de minutes, la bière qui l’attend dans le réfrégirateur du mulet, n’en sera que plus fraîche. T’chin !


