J56 – 26/11/2003


J56 – 77.0Km

Mercredi 26 novembre : Martaba / ? J56 : 77K (10h16′) Total : 3869 K T° : mini 16°C-max 38°C
Nous l’ignorions au moment de planter nos tentes mais notre lieu de bivouac est chargé d’histoire. Pascal, curieux de tout savoir, a appris de la bouche d’un touareg, plus exactement de la bouche de Mohamed dans le rôle du chauffeur traducteur, qu’une équipe d’archéologues américains travaillait dans le coin pour tenter de mettre à jourun squelette de dinosaure recemment découvert. Comme pour prouver sa bonne fois, ce touareg, passablement remontés contre ces chercheurs d’outre-Atlantique venus selon lui piller le patrimoine historique de son pays, fit don à Pascal de 2 pointes de flêches taillées dans la pierre,datant de lapréhistoire, et d’un morceau de bois fossilisé de la même époque.Il n’en fallut pas plus pour voir les transafricains têtes baissées, fouillant le sol à la recherche d’hypothétiques vestiges. La pêche fût bonne et les bagages alourdis, par quelques morceaux d’arbres pétrifiés, mais aucune trace de patte ou de machoire de dinosaure à se mettre sous la dent ! Ne croyez pas pour autant, que Serge court tête baissée pour les mêmes raisons. Sa cheville cette nuit s’est rappelée à lui à chaque fois qu’il bougeait. Ce matin il va un peu mieux oùtout du moins, est ce qu’il nous laisse penser car sa foulée n’a pas encore retrouvé toute sa fluidité.Le campement était bien trop isolé pour laisser paraître le moindre bruit, la moindre trace de fête. Les musulmans sont gais, le mois de ramadan s’est terminé hier, les manifestations pour fêter l’événement dureront trois jours. Etrangement, on s’attend à ce que ce soit l’effervescence dans les 2 ou 3 petits villages que nous traversons mais les rares commerces existant ont baissé leur rideau, ou plus exactement leur vieille bâche plastique. Les chévres, une poignée d’enfants et quelques vieillards demeurent les uniques témoins de vie, dans ce décor aux habitations désertées de ces villages sans rues. Agali m’expliquera qu’à la fin du carême, les nomades qui peuplent les villages, s’en vont après la prière du matin,  »demander excuse » (que nous pourrions traduire chez nous par demander pardon) auprès des  »grands-parents » qui se trouvent en brousse (le terme grands-parents, regroupe à la fois la famille et les amis) . Ils ne regagneront le village qu’au coucher du soleil, et laisseront ensuite les tams tams s’exprimés. Les riches achéteront de la viande et les autres se contenterons de faire la fête, de rire et de chanter.Plus nous approchons d’Agadez, plus la végétation se rarifie. Les arbustes sont plus chétifs, les épineux s’espacent, et l’herbe grillée se laisse submergée par le sable. La seule note de verdure qui perdure, vient d’une espèce, mi plante mi arbre, surmontée d’un tronc laiteux dont l’écorce s’apparente, en plus clair à celle du chêne liége. Les feuilles arrondies et largement verdurées font le régal des cabris (que Laure affectionne particulièrement grillés, à point), des vaches et des chameaux. Les fruits sont étranges. Gros comme des pommes, verts conme les feuilles avec en leur intérieur une fois desséchées une multitudes de filaments blancs tels une toile d’araignée givrée par un matin d’hiver. Qu’on se le dise, toucher à ce fruit défendu est mauvais pour les yeux, parole du guide Mohamed.On se demande comment le bétail des nomades parvient à subsister dans un paysage aussi aride. Les chameaux donnent l’impression de broûter le sable et les vaches aux cornes impressionnantes se contentent de bien peu : un brin d’épineux, quelques herbes rases peu appétissantes et une bonne dose de poussière. Les troupeaux se regroupent autour du point d’eau articiel où se trouve une immense citerne. Etrange ballet que cet incessant va et vient de troupeaux venant d’un pas lent se rafraichir le gosier avant de reprendre leur éternelle quête d’illusoires paturâges, au milieu de nul part.L’Harmattan, ce vent terrible venant du nord-est, omniprésent depuis que nous avons entamé la remontée sur Agadez, a offert à Serge ce matin quelques heures de répis. Soufflant face à Serge, il est un compagnon de route ennuyeux et éprouvant et qui de plus asséche la peau et brûle les lévres et les yeux. Alors 4 ou 5 heures de calme avant que ne reprenne la tempête, c’est toujours ça de gagner.ERRATUM : dans le compte-rendu d’hier, il s’agit de femmes de l’etnie peul BORORO, peuple de nomades.