J92 – 1/1/2004


J92 – 73.0Km

Jeudi 1er janvier : N 20°15.590′ / N 28°34.953’E 16°37.153′ / E 16°44.573′ J92 : 73K (9h18′) Total : 5030K Altitude :388m T° : min -3°C – max 23°C vent d’ouest +++++
Imaginez vous être réveillés un lendemain de réveillon à 6h30, avec un projecteur halogéne braqué sur votre visage. J’en connais plus d’un qui aurait répondu à cette agression physique par un paquet de jurons ou par un jet de baluchon. Et bien Serge, puisque c’est bien évidemment de lui qu’il s’agit, s’est levé comme si de rien n’était et à répondu avec calme aux questions d’Alexis, notre caméraman de choc. En grand professionnel consciencieux qu’il est, Alexistenait absolument à recueillir les premières impressions de l’année de notre ultra runner et ce n’est pas l’heure pour le moin matinale et les températures proches une nouvelle fois de 0°C qui aurait pû faire renoncer notre tintin reporter.Le savez-vous ( comment d’ailleurs pourriez-vous le savoir) ce matin au réveil, il pleuvait sur la tête de chacun d’entre nous. Une pluie bien particulière, une pluie qui ne tombe qu’une fois dans l’année, et pour cause, puisqu’il s’agit d’une pluie de  »bonne année » et de  »meilleurs voeux ».Habituellement les réveils sont plutôt laborieux. Chacun plonge son nez dans sa tasse à café, mange son biscuit en claquant des dents et en tapant des pieds, mais ce matin, les sourires étaient sur toutes les lèvres. La bonne soirée de la veille partagée avec nos amis libyens y était certainement pour quelques chose et pour les fêtards de l’équipe, ils pouvaient, contrairement à leurs habitudes, entamerce premier jour de l’année sans avoir  »la gueule de bois ».Pour Serge, la journée qui débute n’est rien d’autre que la 92éme de sa transafricaine. Il répète inlassablement les mêmes gestes. Il s’habille dans son duvet,se lève, va se libérer d’un besoin naturel fréquent de bon matin, puis il s’assoit sur son fauteuil dans un recoin du mulet et déjeune tranquillement en trempant ses biscuitsdans un café chaud dans lequel il a rajouté un peu d’eau froide. Ensuite il quitte le mulet avec mille précautions au moment de descendre les marches, se dirige à l’arrière du 4X4, se lave les dents,retire ses chaussures, puis se passe de la pommade anti-échauffement sur les pieds, les aisselles et aux entre-jambes. En plus, les jours où il sait qu’il va évoluer sur de la piste, Serge se fait poser un strapping conçu pour maintenir sa cheville fragilisée depuis le Sénégal. Vient alors le temps de la première foulée. Sincérement lorsque l’on voit Serge commencer son étape, on a bien du mal à croire, même après l’avoir cotoyé journalièrement depuis 2 mois, que cette silhouette qui s’éloigne lentement est partie pour une nouvelle journée de plus de 70 kilomètres. Rien aujourd’hui ne lui est épargné. Serge a mal aux genoux à force d’évoluer sur ce terrain difficile. Le décor est heureusement fort joli mais les conditions de courses difficiles. Il y a de grosses pierres, beaucoup de grosses pierres, du sable, beaucoup de sable, du vent énomément de vent. Et au milieu de tout ça, Serge qui lutte mais qui avance.Il n’est pas seul, bien sûr toute l’équipe le suit de prêt ou de loin mais même dans ces coins retirés les rencontres sont possibles. Nous n’avons pas eu le moindre signe de vie depuis que nous avons quitté le bitume si ce n’est cette petite gerboise venue nous saluer avant hier, et pourtant, en milieu de journée, sur la droite de la piste, nous avons arrêté les véhicules auprès d’un jeune berger. Que faisait-il là, avec son joli chien, sa mule et sontroupeau de chévres marrons et de moutons à plus de 100 kilomètres de la première habitation? Comme il est dit dans la chanson :  » il venait d’avoir 18 ans, il était beau comme un enfant fort comme un homme etc… »Alors, pour que ce 1er jour de l’année soit pour lui aussi différent des autres, nous avons ouvert le garde-manger du mulet et lui avons rempli un grand sac à provisions garni d’oeufs d’huile de thé avec un verre, et nos amis libyens ont complété le cadeau avec un sac d’oranges, quelques pommes de terre, un ou deux oignons et un gros paquet de sourire. Nous dormirons tous ce soir sous un ciel toujours aussi riche en étoiles. Le jeune berger pourra se mijoter un bon petit plat abrité au creux d’un rocher en pensant à nous, alors qu’au campement nous visionnons les photos du jour en pensant à lui. Hier, durant notre réveillon Serge avouait que ce qu’il apprèciait peut-être le plus durant ses traversées, c’était les centaines de rencontres qu’il y faisait . Ce premier jour de janvier aura encore été d’une grande richesse.La pluie ce soir a redoublé d’intensité, mais cette fois elle vient de France. Serge et tous les transafricains vous remercient pour vos encouragements et vos multiples voeux de réussite.Veuillez nous pardonner par avance de ne pouvoir répondre à chacun d’entre vous. La page du site internetest en quelque sorte notre messager quotidien. Le Caire et les 8000 kilomètres de traversée se rapprochent mais la route est encore longue.En attendant, toute l’équipe de la première traversée de l’Afrique en courant vous souhaite également une année riche en heureux événements. Le mot de la fin nous a été soufflé parAlexis notre penseur des grandes occasions : Serge, Laure, Ludovic, Alexis, Laëtitia et Jean-Claudesouhaitent à chacun d’entre vous que la meilleure journée de l’année 2003, soit la pire de l’année 2004.