J94 – 82.0Km
Samedi 3 Janvier : N 28°33.789’/ Borne 170km de Maradah E 17°17.069′ J94 : 82K (9h35′) Total : 6082K Altitude : 126 m T° : min – 3°C – max 22°C vent d’ouest ++++ favorable
‘En ce matin du troisième jour de l’an 2004 avant un ére nouveau, celui du premier homme à avoir traversé l’Afrique en courant, l’ambiance au campement est plutôt bonne enfant. Pourtant, point de grasse matinée au programme du jour. Les prétendants à la sangsue n’ont pas attendu le lever du soleil pour plier les tentes, et le reste de l’équipe n’a pû trainer qu’un quart d’heure de plus, le temps nécessaire pour ranger tout le matériel dans le mulet et l’unimog. Nous volons tous vers le premier objectif du jour, la ville de Zillah. Serge peut enfin envisager sereinement de tracer sa route plusieurs semaines durant sur un cordon recouvert d’un asphalte en parfait état. Les pistes libyennes sont définitivement derrière nous.Jean-Claude joue le chauffeur de ces dames partant faire des emplettes en ville. Elles sont sous bonne escorte, car l’Unimog et ses 4 occupants ouvrent la route dès le poste de contrôle franchi. C’est une journée, ravitaillement en tout genre. Nos amis libyens se chargent de faire le plein des jerrycans d’eau, et nous guident par sauts de puces à travers la ville, passant de la station service à la boulangerie d’où se dégage une odeur de pain frais qui n’est pas sans nous rappeler notre chère patrie. Cinquante mètres plus loin, tout ce beau monde pénètre dans une petite épicerie traditionnelle aux rayonnages en bois peints en blancs et chargés de produits de consommation courante. On poursuit la visite en passant devant chez le boucher. Il n’est pas spécifié sur l’enseigne la spécialité du tenancier, mais la tête de chameau qui en début de journée devait encore reposer sur 4 pattes et qui pendouille au bout d’uncrochet au dessus de la porte est des plus explicites. Inutile de vous dire que Laëtitia notre photographe végétarienne a refusé, si vous me permettez l’expression, d’immortaliserla tête de cette pauvre bête. Elle est bien plus à son aise devant les rayons colorés et garnis du marché couvert. Chers amis du sexe masculin vous n’êtes pas sans ignorer qu’il est difficile de flaner en ville avec deux jeunes femmes sans s’attarder devant les vitrines des magasins de vêtements. Pas d’achats superflux pour l’occasion, tout juste de quoi supporter les températures hivernales de la saison. Sergeatteind à son tour les portes de la ville après 24 kilomètres de course. Son ravitaillement et celui de la sangsue à la pompe essence marquent la fin de l’aventure transafricaine pour Farash et Amsalm, deux de nos guides libyens qui nous ont tracé la piste entre Zuella et Zillah. Chaleureuses accolades et sincères remerciements de Serge aux partants, avant de poursuivre la course en avant. Chacun d’entre nous emporte dans ses bagages un sympathique présent offert par Farash, Laure rendant les honneursen offrant à leur tour en souvenir un maillot du coureur.Désormé, Mohamed le chaleureux et Aimén le souriant seront de pair pour nousaccompagner jusqu’aux portes de l’Egypte. Les autorités locales qui ne badinent pas avec la sécurité ont escorté Serge de près en voiture, de l’entrée à la sortie de Zillah, en direction de Maradah. Ce changement de cap est bienfaiteur. Le vent redouble de violence, mais par chance, il souffle dans le sens de la course, soit du sud vers le nord. Etrange impression de voir le sable courir sur le bitume par fines pelliculesen éternel mouvement, dans un décor gris et poussièreux. Les milliards de grains fouettent les mollets de Serge mais la puissance du vent le porte littèralement. Il avait prévu d’effectuer 74 kilomètres, il stoppera sa course au 82éme, satisfait d’avoir dépenser moins d’énergie qui lui en aurait fallu pour une même distance dans des conditions ditesnormales.Le campement est planté après moultes péripéties dûes au vent et au sable mou, au creux d’un monticule de roches balayé par les tourbillons de vent. Serge est à l’évidence très fatigué, on croirait presque qu’il va s’endormir sur son casse-croûte, il sera même obligé de se faire aider pour grimper sur sa couchette dès le repas terminé. Il est content de sa performance, mais comme il dit : »Bon sang que c’est loin Le Caire ».Le dîner fû rapidement avalé autour de la table transformée en bac à sable sur pied. Tout est ensablé, que ce soit les personnes ou le matériel. Les tentes sont chahutées et nous portons tous sur nous les traces de ces journées répétées ou vent et sable se mêlent.J’ai homis de préciser le menu du soir. Après une salade tomates-thon-oeufs durs, nous avons savouré un plat de viande cuisiné par Mohamed, auquel nous avons apporté une petite note à la française avec des petits-pois et des patates vapeur. De la viande oui, mais du chameau ;certainement une vieille connaissance de Laëtitia achetée à Zillah le matin!’


