J68 – 8/12/2003


J68 – 50.0Km

Lundi 8 decembre : N 18°59.293′ / N 19°04.609’E 11°40.968′ / E12°06.004′ J68 : 50K (9h03′) Total : 4506K T° : min 12°C – max 50°C Altitude : 421 m
‘Cette nuit et pour la première fois depuis notre entrée dans le désert du Ténéré, Mohamed et Agali ont dressé leur igloo, délaissant ainsi leurs fidèles compagnes les étoiles. Contrairement à ce que nous avions cru comprendre, la nuit ne s’annonce pas plus fraîche qu’à l’accoutumée mais la Lune, d’une rondeur parfaite, n’est pas leur amie préférée pour un repos qui se veut apaisant. Ludo, Laëtitia et Serge ont la chance d’avoir cette même Luneen invité d’honneur à leur petit déjeuner pris à 5h30, avant que la proche planète ne céde sa place au roi Soleil, maître incontesté dans ce désert qui aujourd’hui brille de tous ces feux.Ce petit moment de romantisme est bien vite oublié ou du moins mis de côté. Serge et Ludo sont en désaccord sur le cap à suivre avant même que l’étape ne commence. Serge veut opter pour une trajectoire Nord-Est et Ludo pour un tracé plus Est. Finalement Serge finit par se résigner à suivre l’option de son suiveur et l’avenir lui démontrera qu’il a eu raison. A 6,5 km, le premier véritable repère de cette traversée du Ténéré est atteint : Achégour, un simple nom sur une carte, devenu le but à atteindre avant de s’ouvrir la voie de la ville de Dirkou, que nous atteindrons dans 130 kilomètres. Achégour, n’est pas une ville, même pas un village, c’est un mirage dans le désert. Voilà des jours et des jours que nous ne voyons que du sable et là au milieu de nul part se dresse un palmier, quelques touffes d’herbe vertes, une poignée d’arbres à l’abondant feuillage dans lesquels un couple de corbeaux a élu domicile. C’est le lieu incontournable de tous les passagers du désert qui transitent dans le coin car Achégour, c’est tout simplement le nom d’un puit. L’eau ici, n’est qu’à trois ou quatre mètres de profondeur. Mohamed, Agali et Jean-Claude se chargent d’y remplir quelques jerricans qui permettront au trans africains de s’adonner aux joies de la lessive à la main.La piste, qui depuis deux jours ressemblait à un métier à tisser, est redevenue un long et étroit tracé beaucoup plus facile à repérer et à suivre. Le hors piste, comme en montagne, comporte quelques risques aux conséquences fortes heureusement bien moins dramatiques. En voulant couper à travers  »sable, »Mohamed, acteur dans l’âme, s’est offert un petit tour dans le fech-fech. Pour les non initiés dont nous faisions encore parti il y a une semaine, cette double syllable désigne une étendue de sable mou et fin comme du talc. Celui qui a le malheur d’y poser ses roues se voit immédiatement contraint de sortir les plaques de désensablage. Alexis, aujourd’hui passager du pick-up est aux anges, il tient enfin sa séquence  »plantage ».Il faut toute l’expérience et la persévérence de nos deux nigeriens pour mettre fin au suspense dans cette poudre sablonneuse, en faisant progresser le 4X4 mètre par mètre à l’aide des plaques d’aluminium. Le mulet ayant flairé le piège a eu juste le temps de se cabrer et de contourner sagement l’obstacle. Sur le bord de la piste, une vieille connaissance : un camion surchargé débordant de partout comme une casserole de lait oubliée sur le feu, est arrêté sur le bord de la piste, radiateur explosé. Tous ses passagers, c’est à dire des militaires, des civiles, des poules et des canards, patientent tranquillement allongés à l’ombre de l’engin. C’est la deuxième fois en 2 jours que nous doublons ce bahut et à chaque fois, il est arrêté pour cause de panne mécanique. Normalement ces camions effectuent le trajet Dirkou-Agadés en quatre à cinq jours. Quand ils ne tombent pas en panne, ce qui semble rare, les camions roulent 22 heures sur 24 obligeant les passagers perchés sur la marchandise à 5 mètres du sol, à dormir et à se faire la popotte en roulant.Serge pendant ce temps progresse tant bien que mal, bandana et chapeau sur la tête. Selon les aspérités du terrain il choisit de courir nus pieds ou en basket préalablement découpée à leur extrêmité. Il arrivera au camp trempé de la tête au pied, la chaleur depuis hier revient en force, pas un brin d’air ne soulève le moindre grain de sable. Depuis hier, Serge est renfermé et peu bavard. Les membres de l’équipe s’inquiète…serge expliquera qu’il est extrêmement fatigué et que l’humeur n’est pas toujours bonne dans ces moments là. Il explique que passer autant de temps à piétiner dans le sable l’use et que dans ces moments-là, il faut le laisser se reprendre, respecter son silence. Une fois n’est pas coutume, aujourd’hui encore le bivouac est installé dans un monde que le sable et le ciel se partagent sur la ligne d’horizon. Portrait du jour : Mohamed Rhissa

Photo de Mohamed Rhissa

Mohamed a pris le relais à Agadez avec son pick-up afin de transporter tout le matériel que contenait la remorque. Il nous accompagnera jusqu’à Toumou.Ce Touareg, né à Agadez ne nous semblait pas très bavard au départ. Au fil des kilomètres, nous avons découvert un homme malicieux, malice caractérisée par son sourire en coin qui aime à parler de son pays et du désert qu’il connaît bien. De temps en temps, il se lance dans de grande discussion en Tamashek avec son ami Agali. Mohamed a plus d’une corde à son arc car en plus de parler sa langue maternelle et le français, il parle également arabe. Sa discrétion est sans limite tout comme son admiration pour Serge. Lorsqu’il rejoint le 4×4 au départ du camp le matin, il aime suivre les empreintes de notre coureur dans le sable.’