J76 – 50.0Km
Mardi 16 décembre : N 21°01.648′ / N 21°25.249’E 13°40.662′ / E 13°43.518′ J76 : 50K (6h52′) Total : 4922,5K Altitude : 550 m T° : min 5°C- max 31°C
Les trans-africains ne sont pas des rigolos ! Ils tolèrent que le vent perturbe leur sommeil une nuit durant, mais pas deux. Hier, les bourrasques n’ayant pas faiblies de la journée, chacun de nous a pris ses précautions en vue d’une nouvelle nuit agitée : Serge et Laure se sont réfugiés dès la fin du dîner, vers 18H30, dans la chambre à coucher du mulet qui a au moins l’avantage d’être confortable… à l’arrêt ! Ludo a positionné la sangsue de manière a monter sa cabane sans trop de soucis, Laëtitia et Alexis ont collé leur tente à l’abris du même mulet évitant ainsi de se transformer en parachutistes comme ça avait failli être le cas 24 heures plus tôt, Jean-claude s’est creusé un abris dans le sable et a arrimé son petit igloo à des pierres de 3 kilos, et Mohamed et Agali ont de nouveau solidement sanglé leurs chambres de toile au pick-up. »-Vent de sable du désert, maintenant tu peux souffler sous les étoiles autant que tu le veux, tu ne nous impressionnes plus! »Mais voilà, nous avons juste oublié qu’ici ce ne sont pas nous qui établissons les régles du jeu, mais bel et bien dame nature. A peine êtions-nous engouffrés dans nos duvets, que le vent a fait comme nous, il est allé se coucher ! En revanche, cette nuit étonnament calme a probablement été la plus fraîche du voyage. Au matin, nos toiles colorées étaient perlées de gouttelettes de rosée et les lunettes de Ludo ont eu besoin d’un désembuage efficace. C’est pour les mêmes raisons que Serge a commencé l’étape avec un quart d’heure d’avance sur l’horaire initialement prévu : dans ces »fraiches » conditions, on n’a pas tellement envie de s’éterniser, même devant un paquet de petits lu.Le vent a de nouveau montré le bout de son nez au lever du jour mais aujourd’hui, c’est lui qui semble être le plus essouflé.La zone dans laquelle Serge évolue n’est pas aussi paisible qu’il n’y paraît. Les frontières voisines de la Lybie, de l’Algérie et du Tchad, font de cette région un carrefour naturel pour les trafics en tout genre. On ne voit rien, mais on le devine. Quand ils se croisent, les camionneurs s’échangent des marchandises sous l’oeil de militaires qui semblent volontairement rester à l’écart. Ces mêmes camions transportent des immigrés que les autorités disent être des clandestins mais qu’ils laissent délibérèment passer, et aussi surprenant que cela puisse paraître, des géomètres effectuent des relevés sur le terrain, escortés par des pick-up de militaires en tenue de combat aux commandes d’impresionnantes mitraillettes qui n’ont rien d’un jouet de Noël. Vous n’en verrez malheureusement aucune image, Laëtita préférant ranger son objectif au lieu de se le faire plomber et Alexis préfèrant faire un plan plus artistique des connifères perchés sur leur monticule de sable. Serge en diplomate averti, prendra le temps d’aller serrer une poignée de main à toutes ces sympathiques personnes. On ne sait jamais, ça peut toujours servir ! Pourquoi des géomètres en plein désert, me direz-vous ? Tout simplement parce qu’un projet faramineux est à l’étude. Il est envisagé dans les années futures (futures étant en Afrique une unité de mesure proche de l’aléatoire) de bitumer un axe entre Agadez et Toumu à la frontière Lybienne. Le Ténéré y perdrait sans nul doute de sa superbe, l’aventure dans la région se transformerait probablement en vulgaire pèlerinage. Mais peut-être devons nous prendre un peu de recul, nous abstenir de juger et de voir ce projet avec nos yeux de touristes aisés en recherche de sensations fortes et de nouveaux horizonset non en nigériens tentant de s’offrir des possibilités d’échanges commerciaux avec ses voisins.Ce qui est sûr, c’est que Serge continue son bonhomme de chemin sur ce terrain parsemé de carcasses de chameaux, il en a dénombré en moyenne, une tout les deux kilomètres. D’après nos bibles du désert que sont nos deux nigériens de service, les chameliers ménent leur troupeau du Niger à la lybie, où ils espèrent les vendre un bon prix. Les plus vieux des chameaux, s’ils ne meurent pas au cour du voyage, finiront dans les assiettes de leurs futurs propriètaires.Serge montre actuellement une forme et un moral que rien ne semble pouvoir ébranler. Il faut dire, que tout est fait pour qu’il se sente parfaitement bien. Hier Agali et Mohamed l’ont gâté en cuisinant une galette qui lui était exclusivement destinée (nous c’était saucisses lentilles) et aujourd’hui ce sont les deux charmantes féminines de l’équipe qui l’accompagnent, ça motive ! Mais avant que nous recevions une avalanche de mails nous demandant d’expliquer la contradiction entre la forme physique de Serge et sa faible moyenne journalière (si toutefois vous estimez que courir 50 kilomètres par jour dans le sable et par vent de face ne soit pas extraordinaire) nous allons vous confier un secret : Vous n’êtes pas sans savoir que l’entrée en Lybie est soumise à une multitude de régles et de conditions. Un organisme lybien spécialisé et officiel a été contacté par Laure pour tenter de nous obtenir les autorisations nécessaires et nous servir ensuite de guide. Mais voilà, les démarches administratives sont hardues et leurs issues demeurent incertaines. Le commanditaire lybien a donc demandé à Serge de ralentir sa progression et de reporter son arrivée à la frontière Lybienne initialement prévue le 19 ou le 20 Décembre. Seul problème, il ne nous est pas précisé encore si et quand les portes de la Lybie seraient susceptibles de s’ouvrir. Cependant nous demeurons tous optimistes, impatients mais optimistes.Ce que nous avons du mal à nous expliquer, c’est que chaque jour Serge achêve son étape un peu plus tôt que la veille. S’il continue comme ça, il va finir par se faire enguirlander par le cuisto, en l’obligeant à préparer le déjeuner pour des horaires d’européens »normaux. »


