COOLGARDIE – GLENDAMBO
Du 1/10 au 19/10
19 jours : 1477,7 km
19 étapes
Durée : minimum 6h32 à maximum 11h52
Terrain : 1400 km de piste, 77,7 km de route goudronnée
Profil : des plats et des faux-plats, accidenté du 14 au 17
Circulation : inexistante
Température : -5°C à +55°C
Fuseau Horaire : +1h30 min
Vendredi 1er octobre / 80 kilomètres / 9h44 / Coolgardie
Départ de Coolgardie. A la sortie de la ville, un vieil homme est venu donner 5 dollars à Serge au bord de la route, afin de l’aider et de contribuer à son périple.
Dans la matinée, Serge contourne la ville de Kalgoorlie par le sud; le paysage est insolite de par la présence de mines plus ou moins abandonnées au bord de la route. Puis direction l’est . Un panneau indique qu’il n’y a plus d’essence, ni nourriture, ni commodités sur 1400 km. Nous avons le sentiment de rentrer dans la course pour de bon. Après 50 km de course, c’est l’entrée dans le désert…La route goudronnée se perd dans la terre rouge.
Samedi 2 / 80 kilomètres / 9h54
Deuxième jour sur la piste. Pour certains, c’est la découverte des kangourous, pour d’autres, il leur faudra encore un peu de patience. Serge semble s’installer dans un rythme de course de 80 km en 9-10 h avec une pause de 23 à 30 minutes.
Dimanche 3 / 80 kilomètres / 9h56 / Coonana
Le campement s’organise de mieux en mieux. Les » Rapaces » (surnom de l’équipe vidéo) sont allés à Coonana, bourgade à 8 km au sud de notre piste où vivent des aborigènes. A leur retour, ils nous font part de leur malaise. Les aborigènes sont les exclus de la société australienne. Ce sont des parias qui, faute d’intégration, sombrent dans la drogue et dans l’alcoolisme. Coonana est une sorte de bidon-ville des campagnes. Nous croisons encore quelques véhicules et beaucoup d’épaves de voitures sur le bord de piste. Les quelques panneaux qui la bordent sont criblés de balles. Etrange impression, dans ces paysages vierges.
L’immersat, le téléphone satellite, est en panne. Nous ne pouvons plus communiquer avec la France ni appeler des secours en cas de nécessité. En cas de problème grave de santé, nous devons contacter les » Royal Flying Doctors « , ou médecins volants qui se déplacent en avion.
Lundi 4 / 80 kilomètres / 9h39
Canicule : +45°C. Campement en plein désert. Les arbres ont disparu. La végétation se raréfie.
Mardi 5 / 80 kilomètres / 10h09 / Rawlinna
Campement à Rawlinna, sorte de ville fantôme.
Nous rencontrons des chasseurs de kangourous qui nous indiquent un endroit pour dormir : une école primaire désaffectée depuis 7 ans. Ni douche, ni eau courante, ni électricité, la poussière pénètre partout, elle imprègne même la peau. Nous faisons le plein des jerricans vides avec de l’eau de pluie. Les autochtones récupèrent l’eau dans d’immenses cuves. Ils nous ont permis de nous servir dans leur réserve. Quant aux sacs poubelles, même au milieu de » la pampa « , ils ont une place prévue à 5-6 km de là, dans d’énormes trous creusés dans le sol. Nous sommes tous sensibles à ne pas laisser nos détritus dans la nature, alors nous les transporterons sur le toit des 4X4, jusqu’à ce que nous trouvions un emplacement prévu pour eux.
Serge dira en arrivant » Je ne regrette pas d’avoir pris cette route, je suis bien sur ma piste ! « .
Mercredi 6 / 78,2 kilomètres / 9h56
Passage des 1000 km en 12 jours 1 heure 17 min
Caniculaire. Les 1000 km sont matérialisés par la structure gonflable : un grand boudin blanc qui prend toute la largeur de la piste et sous lequel le 4X4 « Sangsue » peut passer. La banderole fixée sur un des 4X4 indique le jour et le kilométrage.
Nous avons procédé au sauvetage d’un kangourou coincé dans un grillage et qui serait mort de chaud et de déshydratation sans notre intervention. Le genre d’anecdote qui restera indélébile dans nos esprits.
Jeudi 7 / 80 kilomètres / Loogana / la saint Serge
Canicule. Campement à Loogana, ville minière de 6 habitants. 6 hommes y exploitent une mine de craie. Ils sont ravitaillés par le train, car à part eux et la mine il n’y a rien d’autre. Nous logeons dans une maison abandonnée, et profitons de leurs douches installées dans des containers. Serge fait un malaise après sa douche trop chaude. Il passera sa soirée couché, mangera allongé et s’endormira vite.
Vendredi 8 / 75,3 kilomètres
Serge part doucement. Suite à son malaise, il n’est pas sûr de ses jambes.
Mais le moral est toujours là et la canicule semble s’essouffler laissant place à une fraîcheur toute relative.
Vendredi 8 / 75,3 kilomètres
Serge part doucement. Suite à son malaise, il n’est pas sûr de ses jambes.
Mais le moral est toujours là et la canicule semble s’essouffler laissant place à une fraîcheur toute relative.
Samedi 9 / 80 kilomètres / Forrest
Passage à Forrest. Chose incroyable, 500 mètres de macadam semblent s’être perdus là. Serge s’agenouille sur la route en dur : 500 mètres de bonheur pour ses pieds.
Ici vivent 2 habitants, un couple qui assure le fonctionnement de l’aérodrome, ils nous accueillent chaleureusement. Ils nous ravitaillent en diesel, en œufs et en pain. Pour les membres de l’équipe qui ont un peu de temps, c’est l’occasion d’échanger quelques mots autour d’une tasse de café.
Un avion piloté par 2 femmes vient se poser pour faire le plein de carburant. Après négociations, le caméraman et le photographe montent avec l’une d’elles pour faire des prises de vues aériennes du désert. Pour l’anecdote, nous leur donnons 500$ qu’elles reverseront au service des médecins volants qui continuent d’exister, en grande partie, grâce aux dons.
Dimanche 10 / 82,2 kilomètres
frontière entre l’Australie de l’ouest et du sud.
Pour nous, le temps reste au beau fixe, alors que de gros orages fondent sur la route du sud. Serge se plaint de la plante des pieds car le terrain est mauvais : la piste sableuse s’est transformée en une piste caillouteuse, et notre coureur se crispe, car à chaque instant son pied peut partir et avec la fatigue, les réflexes ne sont plus aussi bons. Le danger, c’est l’entorse.
Lundi 11 / 80 kilomètres
Nous avons aperçu des dingos (sorte de chiens sauvages) au loin. La piste est de plus en plus mauvaise. Elle est juste à côté de la voie ferrée à environ 8 mètres. Nous n’avons jamais été aussi proches. Serge est las. Moralement la piste l’use.
Mardi 12 / 70,5 kilomètres / Cook
A 2h20 du matin, nous sommes réveillés par quelques gouttes de pluie.
A 3h45, nous sommes debout. Il fait gris et frais.
Après 27 km de course, jusqu’à Cook, tout va bien. La cadence est bonne. Puis après Cook, Serge fait une crise d’hypoglycémie pour la première fois depuis le départ. La Luciole et le Papillon sont restés à Cook, car John, le chauffeur de train que nous avons contacté à Coolgardie doit nous réapprovisionner aujourd’hui en eau et en victuailles fraîches. Ce sera notre unique ravitaillement sur les 3 semaines de désert.
Crevaisons : 2 dans l’après-midi. Bruce qui habite Cook nous a aidés à réparer la chambre à air. Il pleut, le campement s’improvise dans la boue. Ce fut une journée éreintante pour tout le monde.
Mercredi 13 / 80,5 kilomètres
La nuit est mauvaise. Nous sommes réveillés par des orages. Ce matin, Serge court sur une piste détrempée. La boue lui colle aux pieds. Parfois il est à la limite de s’embourber. Ce phénomène de » ventouse » l’épuise, l’énerve. La fatigue est là, installée chez tous les membres de l’équipe. Nous montrons tous nos vrais visages, sans masque, révélant nos pires défauts, comme nos qualités. Les couchers de soleil n’ont pas leur pareil sur cette terre aride et nous rappellent que la vie est belle dans notre désert.
Fini les campements romantiques au bord de la piste, ce soir nous sommes au bord de la Stuart Highway, axe routier principal nord-sud entre Darwin et Adélaïde. Nous sommes bercés par le passage incessant des road-trains.
Jeudi 14 / 50 kilomètres / Ooldea
Ooldea marque le retour des arbres et d’un relief accidenté, mais aussi celui de la chaleur. La piste ressemble à une montagne russe. Serge choisit de courir au bord de la voie ferrée, qui monte de façon régulière et linéaire. Les équipes Papillon et Luciole vont jusqu’à Barton en quête d’eau. Il n’y a dans ce lieu-dit qu’un seul habitant, Ziggi, polonais de 78 ans qui vit tel un ermite, sans eau courante ni électricité avec une vingtaine de chiens. Il fait de plus en plus chaud. Nous installons le campement à l’ombre des arbres dans une clairière improvisée. Serge s’arrête de bonne heure, il souffre d’une insolation. Ne sentant pas l’intensité de la chaleur, il n’a pas voulu se protéger.
L’heure est au rationnement et la restriction sur le pain commence à peser dans le groupe. Depuis une semaine Serge est plus lent, il passe plus de temps sur la route. Nous avons changé de fuseau horaire depuis deux jours. Nous décidons seulement aujourd’hui d’avancer nos montres d’1h30.
Vendredi 15 / 80,5 kilomètres / 9h58 / Barton
Serge passe Barton en fin de matinée. Le reste de l’équipe fait connaissance avec Ziggi. Une nouvelle crevaison vient assombrir cette belle journée. 5 crevaisons en 4 jours, nous n’avons plus que 2 roues de secours pour 4 voitures : c’est un vrai problème !
Il fait jour plus tard, nous nous couchons avec le soleil et il est difficile de trouver le sommeil. Il fait encore nuit dehors lorsque Serge se réveille, pour être prêt à partir quand le soleil se lève, et parfois même avant lui afin de profiter de la fraîcheur de l‘aube.
Serge remet des chaussures non découpées car ses problèmes d’orteils sont résolus.
Samedi 16 / 81,5 Kilomètres / 10h56
Canicule. Serge court couvert de la tête aux pieds. Il a le dessus de la main gauche brûlé par le soleil et court maintenant avec des gants. Nous croisons une moto qui part vers le désert. Une multitude de mouches se collent dans les yeux, sur la bouche et dans les oreilles.
Demain nous retrouverons pour une soirée, la civilisation d’une petite ville connue pour son hippodrome.
Dimanche 17 / 81 kilomètres / 10H39
Tarcoola mi-course
Un matin orageux ! C’est aussi le plus beau lever de soleil que nous ayons vu de notre vie. Tout le monde s’arrête un instant pour admirer ce somptueux paysage !
Il fait frais, Serge court torse-nu. Dans quelques heures, il faudra revêtir la panoplie intégrale. Tarcoola, en soirée, premier motel depuis le 30 septembre. Il nous semble bizarre de tourner un robinet et d’avoir de l’eau chaude à flots.
Notre hôtesse nous accueille chaleureusement et nous prépare un dîner. Les yeux écarquillés, nous nous émerveillons devant ce simple repas qui nous paraît irréel.
Le motel fait pub, il y a même un billard et un juke-box ! Une ambiance indescriptible se dégage de cet endroit dont nous garderons tous un souvenir merveilleux.
Ce soir, la cabine téléphonique affiche complet.
Lundi 18 / 80,2 kilomètres / 11h27 / Kingonya
Depuis le départ de l’étape et toute la journée, Serge a le vent de face. Il se traîne.
La fatigue s’est installée chez tous les membres de l’équipe. Le décalage horaire a ses inconvénients. Le campement est établi à Kingonya, sorte de ville fantôme, nous y trouvons des toilettes et l’eau courante : ce n’est pas si mal !
Mardi 19 / 80 kilomètres / 11h16 / Glendambo
2000 km en 24 jours 23 heures 46 minutes
Retour sur le bitume quelques kilomètres après le passage des 2000 km.
Glendambo, c’est aussi le retour des road-house. Après avoir fait le plein de tous les véhicules, nous savourons d’excellents hamburgers au comptoir du snack. Quant à Serge, après avoir dit au revoir au désert, il continue sa route, imperturbable.
COOLGARDIE
Coolgardie et Kalgoorlie sont des villes qui méritent de s’arrêter. Situées en plein désert, elles furent fondées par des colons venus du monde entier vers le nouvel Eldorado lors de la ruée vers l’or de 1890.
Kalgoorlie, la ville la plus importante aujourd’hui, compte 22 230 habitants (contre 30 000 et 93 hôtels en 1902).
Coolgardie, en revanche est presque devenue une ville fantôme, puisqu’elle ne compte plus que 700 habitants, contre 25 000 en 1900, au paroxysme de la fièvre de l’or.
L’exploitation des mines d’or est aujourd’hui industrielle, mais, moyennant une licence peu coûteuse, chacun peut tenter sa chance avec un détecteur de métaux.
Aujourd’hui, le Golden Mile est exploité sur 800 km², et jusqu’à une profondeur de 1300 m. Il est l’un des plus riches gisements d’or du monde avec une production de 1200 tonnes jusqu’à ce jour et un rapport de plus d’un milliard de dollars.
Grand désert de victoria.
Victoria, région désertique du sud de l’Australie, dans les États d’Australie-Méridionale et d’Australie-Occidentale. La région est aride et formée de dunes, de lacs salés et de prairies éparses. Elle s’étend sur environ 700 km d’est en ouest et est séparée des eaux de la Grande Baie australienne au sud, par la plaine de Nullarbor.


