J10 – 74.5Km
11 octobre – Kouloumbo / Kayes Jour : 74,5 K (10h22′) Total : 769 K
C’est avec un petit pincement au coeur que nous quittons notre joli petit coin de savane, premier campement de brousse sur le territoire de la République du Mali qu’il va nous falloir maintenant près d’un mois pour traverser. L’objectif du jour est la ville de Kayes (prononcer Kaï), à 75 kilomètres plus à l’Est, capitale du Cercle du même nom (Cercle = Province). Depuis le passage de la frontière avec le Sénégal, laissée derrière nous hier midi, nous avançons dans une espèce de no man’s land inhabité. Adieu la belle Route Nationale 1 qui nous a conduit à travers le Sénégal et qui s’est transformée brutalement en piste dont il encore trop tôt pour dire s’il s’agit d’une piste en bon ou en mauvais état, ne sachant pas ce qui nous attend plus en avant, en mieux ou en pire…Pendant 50 km, à 20 km/heure de moyenne dans le camion secoué par les trous et les bosses, nous ne croiserons que quelques camions déglingués, émergeant de nuages de poussière de latérite, avant de retrouver les villages et leur animation matinale à l’approche de Kayes, les mêmes petites charrettes qu’au Sénégal, souvent chargées de bois et tirées par des deux ou trois ânes, la même petite baguette de pain frais aux étalages et des troupeaux de zébus en transhumance, conduits par des bergers peuls. Dans ce nouveau pays, il nous faut aussi retourner à nos études et sortir notre mini dictionnaire bambara, les quelques en langue wolof appris à travers le Sénégal n’ayant plus que très peu cours au Mali. Au 10ème jour de course, Serge est maintenant bien calé dans ses cycles de course/repos/sommeil et démarre invariablement chaque jour légèrement avant 3 heures du matin. La donne s’annonce aujourd’hui différente pour lui puisqu’il ne court plus sur un revêtement de bitume régulier mais, pour la première fois, sur une piste de latérite cabossée où il doit chercher ses appuis. Torse nu dans la nuit, le Toyota roule plein phares 40 mètres derrière, afin de lui éclairer le chemin et de lui permettre de repérer les pièges éventuels. Après la savane et ses magnifiques baobabs imposants, nous traversons une zone marécageuse quelque peu lugubre lorsque le jour pointe. La saison des pluies (également appelé hivernage) se termine et quelques grandes nappes d’eau s’étendent de part et d’autre de la piste. La région de Kayes a la réputation cruelle d’être, avec Djibouti, l’endroit le plus chaud d’Afrique. Nous l’avions tous lu dans nos guides mais n’osions trop en parler en présence de Serge, déjà surpris par la chaleur constante depuis son départ de Dakar. Le thermomètre embarqué marquera aujourd’hui à midi 46° sous abri à l’extérieur du Toyota et 50° à l’intérieur de l’habitacle. Peu après 13 heures, Serge en termine à l’entrée de la ville, juste après un dernier arrêt ravitaillement au poste de contrôle de police où toute son équipe était attendue suite à un appel du poste frontière. Le commandant de la Gendarmerie nous recevra pour nous souhaiter la bienvenue à Kayes et nous transmettre un message de l’Ambassade de France à Bamako.Assez marqué, Serge consent après ses cinq dernières journées consécutives à plus de 80 km à rester légèrement en dessous de la moyenne qu’il s’est fixée et à stopper sa course dans le 75ème kilomètre. Ce soir, il présente sur tout son flanc droit en permanence exposé au sud, une irritation probablement due à une exposition excessive aux rayons du soleil. La caravane de la TransAfrica dormira cette nuit en plaine ville, à l’hôtel Médine sur les bords du fleuve Sénégal et il est difficile d’expliquer par les mots le bonheur d’une chambre climatisée, d’un drap frais et d’une douche froide coulant à grands flots.


