J65 – 44.5Km
Vendredi 5 decembre :N 18°27.027′ /N 18°36.380’E10°30.208′ / E10°51.767′ J65 : 44,5K (9h41′) Total : 4355,5K T° : min 11°C – max 42°C soleil – vent nul Altitude : 436 m
Réveil mouvementé pour une bonne partie de la caravane de la trans-afrique. Ludo est chargé de remettre Serge sur les bons rails, au point précis où il s’est arrêté la veille. L’endroit est symbolisé par un vieux pneu de camion abandonné par ses maitres en bordure de piste et pour plus de précision encore, par le waypoint mémorisé sur ce magique petit boitier électronique qu’est le GPS. Malheureusement le pauvre Ludo n’a pas fait 10 mètres, que son 4X4 se plante dans un véritable bac à sable. C’est la faute à pas de chance, en surface, rien ne différencie le sable mou du sable porteur, on le sait seulement une fois qu’on y est. La veille, c’est Mohamed qui en avait fait les frais en repérant le coin. Alexis est aux anges, il accompagne Ludo, et rêve depuis que nous progressons dans le sable, qu’un des véhicules de la caravane s’ensable. Il sort sa caméra en moins de temps qu’il me faut pour l’écrire,prêt à filmer une scène avec maniement de la pelle, des plaques, agrémentée de grosses gouttes de sueur qu’on balayerait de nos fronts du revers de la main et avec, si possible, un peu d’énervement pour faire plus réaliste. Ce n’est pas pour cette fois encore. Le service dépannage 24 secondes chrono est déjà sur place. Agali, Mohamed et Jean-Claude ont accouru et Ludo qui a à peine le temps de décrocher les plaques se sort de sa mauvaise passe par une savante marche arrière à l’odeur d’embrayage. Nos amis nigériens pourraient chanter : »il est des nôôtres, il s’est sorti du sable comme les auautres !! »Serge ne prend pas le temps d’assister à la scéne, il regagne sa ligne de départ imaginaire en marchant. Les déboires de Ludo font finalement le bonheur de toute l’équipe. Chacun peut ainsi profiter du lever de soleil, que ce soit sur la piste pour Serge, Ludo et Alexis ou au campement pour tous les autres. Le spectacle est faramineux, je serais même tenté de dire, pharaonique, ce qui serait plutôt logique pour une expédition dont le but final est d’arriver au pied des pyramides ! Le paysage n’est plus qu’un jeu d’ombre et de lumière glissant sur des courbes évoquant pour certains, des congères de neige, pour d’autres les vagues d’un océan ou pour d’autres encores des silhouettes féminines. La couleur du sable change passant de l’oranger au jaune puis au beige. Le silence est total, le tableau est à contempler sans modération. De nombreuses traces de pattes semblables à de minuscules mains tapissent le sol autour de la table. Ce sont des gerboises, petites bestioles du désert s’apparentant d’après Mohamed à des Kangourous qui seraient grands comme des souris. Et nous qui pensions être seuls au monde !Serge commence sa nouvelle étape en marchant une heure durant. Il pensait évoluer toute la journée sans chaussure, mais le sable s’est singulièrement refroidi pendant la nuit. Il doit se résoudre à effectuer les premières longueurs baskets au pied le temps que les rayons du soleil produisent leur effet. Courir dans ces conditions devient mission impossible, Serge peste, tous les 2 kilomètres il doit vider ses mizuno, transformées en sablier. Il poursuivra l’étape jusqu’au campement, comme les jours précédents, en chaussettes. Les dunes au fil des kilomètres, se perdent dans l’immensité du désert, l’ocean s’est calmé, les vagues ont disparu laissant place à une véritable mer d’huile.Au quarante deuxièmes kilomètre, espoir 400, c’est le nom donné au puit annoncé depuis la veille, est atteind.Le trou fraichement creusé fait 45 mètres de profondeur et pour qui désire se désaltérer ou emporter quelques litres du précieux breuvage, une corde et un seau en plastique sont mis à disposition. L’endroit porte déjà les traces de précédents passages. De vieilles boites de conserves font la conversation à des paquets de cigarettes vides et à quelques pièces automobiles hors d’usage. Mais le plus étonnant vous en conviendrez, c’est de rencontrer dans un tel endroit le sous préfet de la région de Bilma en grande tenue, accompagné de ses gardes du corps armés jusqu’aux dents. Il ne s’est pas déplacé pour assister au passage de notre ultrarunner national, nous ne l’avions pas prévenu mais pour inaugurer en grande pompe (le comble pour un puit), ce nouveau point d’eau opérationnel depuis trois semaines, financé d’après ce que nous avons pû apprendre, par l’association Action contre la faim, également présente sur les lieux.Notre nouveau campement est installé sur une plage sans mer. Le mulet, seconde vedette de l’expédition après Serge, a eu toutes les peines du monde à patoger à 10km/h dans le sable fin qui marquait la piste. Ses 18h00 de repos journaliers sont bien méritées.La Lune qui se reforme petit à petit au fil des jours, trône dès le début de l’après-midi dans le ciel bleu azur. Elle veillera cette nuit encore, sur nos chambres de toiles aidée en cela par les milliers d’autres étoiles. Bonne nuit les petits, le marchand de sable est passé !


