J73 – 54.0Km
Samedi 13 décembre : N 20°02.288′ / N 20°22.512′ E 12°56.581′ / N 13°14.113′ J73 : 54K (7h37′) Total : 4771K Altitude : 494 m T° : min 10°C – max 34°C vent du nord violent
‘Nouveau petit déjeuner au clair de lune pour Serge Ludo et Alexis, les trois courageux de ce matin. Depuis le départ de Dakar, Serge n’a pas varié une seule fois son menu matinal. Même Mohamed a tenté de lui faire changer ses habitudes en lui préparant de la semoule, mais ce fût en vain. Le petit déjeuner d’un Serge Girard se compose de deux grosses poignées de petits beurre (Lu et approuvé) trempés dans un bol en plastique jaune rempli de café noir, en poudre. Son garde manger spécialement réservé, regorge encore de dizaine de ces petits biscuits rectangulaires, qui devraient lui permettre normalement de tenir encore de longues semaines. Pour l’intendance, mieux vaut qu’il préfère ce petit déjeuner à un menu croissant beurre avec expresso, les stocks auraient eu du mal à être tenus ! Le paysage de ce début de journée est toujours aussi fantastique, éternel mélange de vastes étendues de sable incroyablement plates, parsemées ça et là de petits monts et de falaises sur le flanc Est. Laëtitia cru même apercevoir la silhouette du Mont Saint Michel à marée basse, bercé dans un léger voile de brûme.J’ignore si aujourd’hui Serge éprouve le même plaisir que les jours précédents à courir dans ce décor. Un vent violent s’est lévé dés 6H45. Contrairement à d’habitude, Serge doit affronter la tempête de plein fouet. Il court courbé en avant, le visageemmitouflé dans son cheche et les yeux protégés sous ses lunettes indice 5.Aux ravitailement il doit s’arrêter et se retourner pour espérer réussir à avaler quelque chose avant que le contenu ne s’envole. Les températures ont bien du mal à grimper et le soleil ne suffit pas à réchauffer l’atmosphère. Les bonnets et les manches longues sont de sortie pour les suiveurs qui apprécient encore plus qu’à l’accoutumée de suivre la course tranquillement installés dans des véhicules protecteurs. Ces conditions météorologiques n’arrangent pas les lèvres de Serge. Déjà meurtries par l’air sec et la chaleur des semaines passées, elles finissent par se craqueler et saigner, malgré une créme protectrice appliquée en dernier ressort.Perdu dans ce désert, le petit village de Séguédine est pour Serge, le point de départd’une belle ascencion avec vent de face auxquelles succéderont de violentes bourrasquessur les hauteurs. Il est pour la caravane, une halte obligée. Le puit servira à remplir les 3 jerricans d’eau vidés depuis Dirkou, mais surtout, Séguédine est placé à point nommé pour permettre de répondre aux exigences de Serge qui pleure de la »vraie viande » depuis la veille au soir. Il était pourtant mignon cet agneau ! Les militaires en faction, venus d’Agadez, s’ennuient dans ce village et les jeunes ne savent pas quoi faire, alors le passage d’un extra-terrestre alimente les conversations et donne un semblant d’animation dans les rues ventées. Agali va être de corvée ce soir. Il nous a encore démontré hier, s’il en était besoin, qu’il était un excellent mécanicien mais malheureusement pour lui peut-être, personne n’a oublié qu’il était aussi le roi de la galette nigérienne.Et le mulet me direz-vous ? Chuttt, il se repose.A Séguédine, nous avons définitivement bifurqué sur la piste qui va nous mener plus auNord, aux portes de La Lybie, mais nous tournons définitivement le dos au Ténéré.Doit-on dire que Serge a vaincu ce désert, ou alors doit-on simplement dire que le Ténéré a accepté de nous laisser passer ? Une chose est sûre, nous le quittons tous à regret malgré les souffrances physiques et les tracas mécaniques. Il est un avre de paix, un lieu de silence et d’isolement, je dirais presque un lieu de recueillement où on se surprend à demeurer des heures entiéres assis sur une dune à rêver encontemplant l’horizon, la Lune et le ciel étoilé. Le Ténéré a quelque chose de magique et d’envoutant, quelque chose qui vous attire et vous fait dire dès que vous l’avez traversé : »un jour c’est sûr, j’y reviendrai ! »Le bivouac est installé au 50éme kilomètre ; par ce vent, Serge ne se sent pas capable d’aller plus loin. Enfin, c’est ce qu’il veut nous faire croire ! Il passera sur la piste en contrebas du campement sans s’arrêter, repoussant l’arrivée de l’étape 4 kilomètres plus loin, au pied d’une carcasse de chameau crevé. Agali a décidément du boulot, il va devoir en plus, réviser le système de freinage du gentil fou qu’on accompagne.’


