J166 – 6/1/2006


Sourire chinois. Photo Thomas BREGARDIS

Près d’une riziere. Photo Thomas BREGARDIS

ville petrolifère de YUMEN. Photo Thomas BREGARDIS

Devant une statue du "Travailleur exemplaire" Photo Thomas BREGARDIS

Sous le soleil. Photo Thomas BREGARDIS

Que de bitume foulé! Photo Thomas BREGARDIS

Les courbatures du soir. Photo Thomas BREGARDIS

Direction la douche. Photo Thomas BREGARDIS

J166 – 74.7Km

JEUDI 1 JUIN
N40 05.784 E97 19.240 (1586m) – N39 49.057 E97 56.414 (1842m – Yumen Dong Zhan)
74,7km – 10H57
Une journée sans poussière et sans abeilles.

Serge appréhende les 4 premières heures de course car il les a trouvé particulièrement longues ces derniers jours. Néanmoins il m’a avoué ne pas se poser de question le matin lorsqu’il part : « C’est devenu une habitude » dit-il. Ces premières heures donnent une idée de la longueur de la journée et Serge part doucement. Il sait qu’il lui faudra passer 11H00 au minimum pour atteindre le kilométrage qu’il s’est fixé. C’est cela qui est le plus difficile moralement.

Au 40ème kilomètre, nous passons dans la ville de Yumen à 2200 mètres d’altitude. Cette ville a été le premier site pétrolifère de Chine en 1938. A l’heure actuelle, la production des 5 puits est de 3 millions de tonnes et la raffinerie de la ville, que nous longeons (en nous bouchant le nez), est reliée par un pipeline à Lanzhou, la capitale de la province soit près de 800 km de tuyau.

Cette cité pétrolière est bien triste et nous la quittons sans regret. Le campement sera tout aussi maussade avec vue sur quelques usines, et au loin les travaux de l’autoroute avec son long bandeau de poussière que nous connaissons si bien maintenant.

Voici quelques questions de Cyril, un de nos fidèles lecteurs :

« Comment trouves tu ton exploit ? Tu es agréablement surpris de ce que tu réalises ou tu trouves cela normal ? Est-ce tu te surprends encore ou est-ce que tu te connais par cœur ? As-tu repoussé tes dernières limites ? »

« Cette course est une découverte pour moi car j’avais beaucoup d’inconnu à gérer, par rapport au parcours que je ne connaissais pas et au nombre de kilomètres additionnés.

Le parcours a été assez varié jusqu’alors, avec des passages en montagne, la mer le long de la côte adriatique et de la mer noire, la campagne et les grandes villes telles que Istambul et Téhéran. Mais aussi les conditions climatiques extrêmes puisque nous avons eu de -15°C à 53°C. Nous n’avons eu que très peu de printemps.

Le nombre de kilomètres est important. Bien sûr j’additionne les 1000 km, cependant l’important c’est les différents objectifs intermédiaires qu’il faut se donner pour tenir le coup. Avant la Chine, mon objectif était de passer la frontière chinoise avant le 28 avril et je ne pensais qu’à cela. Dès que j’ai eu passé cette frontière, j’ai commencé à ne penser qu’à Tokyo et là c’était une erreur car j’ai commencé à gamberger dans ma tête. Je me suis résigné à voir moins loin, mon prochain objectif est donc Lanzhou, et ainsi de suite, étape par étape, petit à petit, pour garder une motivation intacte.

La surprise : Oui je me suis surpris car je pensais avoir mis la barre un peu haut avec 70km/ jour et finalement pour le moment je suis au-dessus. Mais après mes 2 chutes et le danger des routes et des poids-lourds, j’ai réellement pris conscience que la course pouvait s’arrêter à tout moment si je me cassais quelque chose. Je reste donc vigilant autant que je le peux, même avec la fatigue. Je peux également rencontrer de mauvaises conditions météo et prendre du retard. Jamais rien n’est gagné jusqu’au dernier kilomètre et c’est ce qui fait que je garde les pieds sur terre, l’humilité est de mise.

Pour la normalité, je n’ai pas de réponse. Je suis le plus heureux des hommes sur ma route. Est-ce normal d’être heureux ? En tout cas, j’ai trouvé le bonheur.

Mes dernières limites, je ne sais pas. Peut-être aurais-je la réponse à Tokyo ? »


L’INCROYABLE DÉFI DE SERGE GIRARD